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Cet article nous révèle toute l'excellence de la grâce sanctifiante, et ce qu'elle infuse en nous. Nous découvrons alors qu'elle accompagne en nos âmes tout l'héritage du Fils Bien-aimé et nous prépare à l'excellence du face à face avec Dieu au Ciel, où nous serons semblables à Lui parce que nous le verrons tel qu'Il est (et non tel que nous l'imaginons par les voies obscures du nefes).
La réalité de la grâce
et de notre filiation divine adoptive
Le péché mortel ne peut être ainsi effacé et remis que par l’infusion de la grâce sanctifiante et de la charité, qui est l’amour surnaturel de Dieu et des âmes en Dieu. Ézéchiel, XXXVI, 25, l’annonce en disant au nom du Seigneur : « Je répandrai sur vous une eau pure, et vous serez purs ; je vous purifierai de toutes vos souillures et de toutes vos abominations. Je vous donnerai un cœur nouveau, et je mettrai au dedans de vous un esprit nouveau. J'ôterai de votre chair le cœur de pierre, et je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai au dedans de vous mon Esprit, et je ferai que vous suiviez mes ordonnances. »
Cette eau pure qui régénère est celle de la grâce, qui nous vient du Sauveur, dont il est dit dans l’Évangile de saint Jean, I, 16 : « C’est de sa plénitude que nous avons tous reçu et grâce sur grâce. » « Par Jésus-Christ Notre-Seigneur nous avons reçu la grâce », lisons-nous dans l’Épître aux Romains, I, 5 : « l’amour de Dieu est répandu dans nos cœurs par l’Esprit-Saint qui nous a été donné » (Romains, V, 5). – « A chacun de nous la grâce a été donnée selon la mesure du don du Christ » (Éphésiens, IV, 7)-
S’il en était autrement, l’amour incréé de Dieu pour celui qu’il convertit serait seulement affectif, et non pas effectif et agissant. Or l’amour incréé de Dieu pour nous, comme le montre bien saint Thomas (Ia, q. 20, a. 2, et Ia IIae q. 110, a. I), est un amour qui, loin de supposer l’amabilité en nous, la pose en nous. Son amour créateur nous a donné et nous conserve notre nature et l’existence, son amour vivificateur produit et conserve en nous la vie de la grâce qui nous rend aimables à ses yeux, non plus seulement comme ses serviteurs, mais comme ses enfants. (ndlr : c'est ainsi que les tous premiers Pères de l'Eglise, en étudiant l'âme, ont soulevé la vérité mystique selon laquelle l'expression de la Genèse "Dieu créa l'homme à son image et à sa ressemblance" signifie qu'il le créé tour à tour par son amour créateur et par son amour vivificateur. Le corps tiré de terre s'apparente à la partie corruptible qui retourne toujours à la terre mais dont le mystère de vie reflète l'image de la bonté de la providence : c'est l'homme naturel, Adama. Et l'âme dans laquelle s'écoule la grâce par le Sacrement du Baptême et l'onction de l'Esprit Saint la rend non seulement incorruptible et immatérielle, mais immortelle et, partant, à la ressemblance de Dieu.)
La grâce sanctifiante, principe de notre vie intérieure, fait vraiment de nous les enfants de Dieu, parce qu’elle est une participation de sa nature. Nous ne saurions être, comme le Verbe, ses fils par nature, mais nous le sommes réellement par grâce et par adoption. Et tandis que l’homme qui adopte un enfant ne le transforme pas intérieurement, mais le déclare seulement son héritier, Dieu, en nous aimant comme des fils adoptifs, nous transforme, nous vivifie intérieurement par une participation de sa vie intime, proprement divine.
C’est ce nous lisons dans l’Évangile de Jean, I, 11-13 : «Le Verbe vint chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu. Mais à tous ceux qui l’ont reçu il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, à eux qui croient en son nom, qui non du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu sont nés. » Notre-Seigneur le disait lui-même à Nicodème : « En vérité, en vérité je te le dis, nul, s’il ne renaît de l’eau et de l’Esprit, ne peut entrer dans le royaume de Dieu. Car ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l’Esprit est esprit. Ne t’étonne pas de ce que je t’ai dit : il faut que vous naissiez de nouveau[8] » (Jean III, 5).
Saint Jean dit de même : « Quiconque est né de Dieu ne commet point le péché, parce que la semence de Dieu demeure en lui ; et il ne peut pécher, parce qu’il est né de Dieu (I Jean, III, 9). En d’autres termes : la semence de Dieu, qui est la grâce, accompagnée de l’amour de Dieu, ne peut exister avec le péché mortel qui nous détourne de Dieu, et si elle n’exclut pas le péché véniel, dont saint Jean parle plus haut, I, 8, elle ne saurait en être le principe, mais elle tend à le faire disparaître de plus en plus.
L’apôtre saint Pierre parle, s’il est possible ; encore plus clairement lorsqu’il dit : « Par le Christ la puissance divine a accompli les grandes et précieuses promesses, afin de nous rendre ainsi participants de la nature divine » (II Petri I, 4). C’est aussi ce qu’exprime l’apôtre saint Jacques, lorsqu’il écrit : " Tout don excellent, toute grâce parfaite descend d’en haut, du Père des lumières, en qui n’existe aucune vicissitude, ni ombre de changement. De sa propre volonté, il nous a engendrés par la parole de la vérité, afin que nous soyons comme les prémices de ses créatures. » (Ep. Jacob., I, 18).
La grâce sanctifiante est vraiment une participation réelle et formelle de la nature divine, car elle est le principe d’opérations proprement divines ; lorsque au ciel elle sera arrivée en nous à son plein développement et ne pourra plus se perdre, elle sera le principe d’opérations qui auront absolument le même objet formel que les opérations incréées de la vie intime de Dieu, elle nous permettra de le voir immédiatement comme Il se voit et de l’aimer comme Il s’aime : « Mes bien-aimés, dit saint Jean, nous sommes maintenant enfants de Dieu, et ce que nous serons un jour n’a pas encore été manifesté ; mais nous savons qu’au temps de cette manifestation nous Lui serons semblables, parce que nous le verrons tel qu’il est (I Jean., 3, 2).
C’est là ce qui nous montre le mieux ce qu’est la nature intime de la grâce sanctifiante, principe de notre vie intérieure. Il importe d’y insister. C’est un des points les plus consolants de notre foi, c’est aussi une des vérités de vie qui relève le plus le courage au milieu des difficultés de l’existence présente.
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[8] : Ce passage est un de ceux dont l’Église nous a donné l’interprétation authentique (Concile de Trente, sess. VII, de Bapt., can. 2). Il doit s’entendre de la régénération par le baptême dont il affirme la nécessité. Au moins le baptême de désir, en l’absence de l’autre, est nécessaire au salut. (le baptême de désir est celui qui est conféré par le désir des parents lorsqu'un enfant meurt à la naissance, par le désir d'une personne à son dernier souffle alors qu'aucun prêtre n'a le temps de venir lui conférer le baptême, etc. Mais il ne peut être effectif si l'être humain a possibilité de recevoir le Sacrement et s'y soustrait au seul motif qu'il le désire seulement, car en ce cas il le désire sans le vouloir... et donc ne le désire pas réellement.) |