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"Ne jamais rien demander sinon la sainteté.
Tout accueillir comme une grâce."
Nécessité de la vie intérieure PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Prieuré de Nidauzel   
Samedi, 12 Novembre 2011 12:01

Cet extrait de Garrigou Lagrange est ô combien d'actualité en ce temps de crise mondiale ! Il nous montre que ce ne sont ni la démocratie, ni la laïcité en tant "qu'églises sociologiques" qui peuvent sauver les peuples de toute forme d'injustice. Mais c'est bel et bien la vie intérieure, spirituelle, qui forge les hommes à vivre ici-bas la vie du ciel à venir pour ceux d'entre eux qui seront justifiés.

 

La vie de la Grâce

et le prix de la première conversion

 

Amen, amen, dico vobis   : Qui credit in me, habet vitam aeternam.

« En vérité, en vérité, je vous le dis  : Celui qui croit en moi a la vie éternelle. »

(Jean., VI, 47)

 

La vie intérieure est pour chacun de nous l’u­nique nécessaire ; elle devrait constamment se développer en notre âme plus encore que ce que nous appelons la vie intellectuelle, scientifique, artistique ou littéraire. Elle est la vie profonde de l’âme, de l’homme tout entier, et non pas seulement de l’une ou l’autre de ses facultés. L’intellectualité elle-même gagnerait beaucoup si, au lieu de vouloir supplanter la spiritualité, elle reconnaissait sa nécessité, sa grandeur et bénéficiait de son influence, qui est celle des vertus théologales et des dons du Saint-Esprit.

 

Quel grave et profond sujet celui qui est exprimé en ces deux mots  : Intellectualité et spiritualité ! Il est assez évident aussi que sans une vie intérieure sérieuse il ne saurait y avoir d’influence sociale vraiment profonde et durable.

 

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Le besoin pressant de revenir à la pensée de l’unique nécessaire se fait particulièrement sen­tir en ce temps de malaise et de désarroi général, où tant d’hommes et tant de peuples, per­dant de vue notre vraie fin dernière, mettent celle-ci dans les biens terrestres et oublient com­bien ils diffèrent des biens spirituels et éternels.

Il est pourtant clair, comme l’a dit saint Augustin, que les mêmes biens matériels, à l’op­posé de ceux de l’esprit, ne pleurent en même temps appartenir intégralement à plusieurs. ("ne pleurent" signifie "ne peuvent" dans le langage actuel).

 

La même maison, la même terre, ne peuvent simultanément appartenir en totalité à plusieurs hommes, ni le même territoire à plusieurs peu­ples. D’où le conflit terrible des intérêts, lorsqu’on met fiévreusement sa fin dernière en ces biens inférieurs.

Au contraire, saint Augustin se plaît à y insis­ter, les mêmes biens spirituels peuvent apparte­nir simultanément et intégralement à tous et à chacun, sans que celui-ci nuise à la paix de l’au­tre ; nous les possédons même d’autant mieux que nous sommes plusieurs à en jouir ensemble. Nous pouvons ainsi posséder tous simultanément, sans nous gêner les uns les autres, la même vérité, la même vertu, le même Dieu. Ces biens spirituels sont assez riches et universels pour appartenir en même temps à tous et pour combler chacun de nous. Bien plus, nous ne possédons pleinement une vérité que si nous l’enseignons aux autres, que si nous leur faisons part de notre contemplation ; nous n’aimons vraiment vertu que si nous voulons la voir aimée par autrui, nous n’aimons sincèrement Dieu que si nous voulons le faire aimer. Tandis qu’on perd l’argent que l’on donne ou que l’on dépense, on ne perd pas Dieu en le donnant aux autres, on le possède même d’autant mieux. Et au contraire nous le perdrions si par ressenti­ment nous roulions qu’une seule âme fût privée de Lui, si nous voulions exclure une âme de notre amour, même celle de ceux qui nous per­sécutent et nous calomnient.

Il y a dans cette vérité très simple et très haute, si chère à saint Augustin, une grande lumière  : Si les biens matériels divisent les hommes d’autant plus qu’on les recherche pour eux-mêmes, les biens spirituels unissent les hommes d’autant plus profondément qu’on les aime davantage.

Ce grand principe est un de ceux qui font le mieux sentir la nécessité de la vie intérieure. Il contient aussi virtuellement la solution de la question sociale et de la crise économique mon­diale qui sévit à l’heure actuelle. Il est exprimé simplement dans l’Évangile  : « Cherchez le royaume de Dieu, et tout le reste vous sera donné par surcroît » (Matthieu., VI, 33 ; Luc, XII, 31). Le monde se meurt en ce moment de l’ou­bli de cette vérité fondamentale, pourtant élémentaire pour tout chrétien.

Les vérités les plus profondes et les plus vitales sont en effet précisément des vérités élémentaires longtemps méditées, approfondies, et devenues pour nous vérités de vie, ou objet de contemplation habituelle.

Le Seigneur, à l’heure actuelle, montre aux hommes combien ils se trompent en voulant se passer de Lui, en mettant leur fin dernière dans la jouissance terrestre, en renversant l’échelle des valeurs, ou, comme on disait autrefois, la subordination des fins. On veut alors dans l’ordre matériel de la jouissance sensible produire le plus possible ; on croit compenser ainsi par le nombre la pauvreté des biens terrestres ; on construit des machines toujours plus perfectionnées pour produire toujours plus et mieux et avoir un plus grand profit ; c’est là le but dernier. Que s’ensuit-il  ? Cette surproduction ne peut s’écouler, elle devient inutilisable et elle nous tue en conduisant au chômage actuel, où l’ouvrier sans travail est dans l’indigence, tandis que d’autres meurent de pléthore. C’est une crise, dit-on ; en réalité, c’est plus qu’une crise, c’est un état général, et qui devrait être révélateur, si nous avions des yeux pour voir, comme dit l’Évangile  : on a mis la fin dernière de l’activité humaine là où elle n’est pas, non en Dieu, mais dans la jouissance d’ici-bas. On veut trouver le bonheur dans l’abondance des biens matériels, qui ne sauraient le donner. Loin d’unir les hommes, ils les divisent, et cela d’autant plus qu’on les recherche pour eux-mêmes et plus âprement. Le partage ou la socia­lisation de ces biens ne serait pas un remède, et ne donnerait pas le bonheur, tant que les biens terrestres conserveront leur nature et que l’âme humaine, qui les dépasse, conservera la sienne. D’où la nécessité pour chacun de nous de pen­ser à l’unique nécessaire et de demander au Sei­gneur des saints qui ne vivent que de cette pensée et qui soient les grands animateurs dont le monde a besoin. Dans les périodes les plus troublées, comme à l’époque des Albigeois et plus tard à l’éclosion du Protestantisme, le Sei­gneur envoya des pléiades de saints. Le besoin ne s’en fait pas moins sentir aujourd’hui.

Garrigou-Lagrange - Les trois conversions et les trois voies (extrait).

Mise à jour le Lundi, 14 Novembre 2011 08:01
 
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