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Dans cet article, nous allons exposer le shéma de pensée de Saint Justin sur l'âme. Nous commencerons par détailler succinctement sa vie et sa position sociale, philosophique et religieuse en son temps.
Saint Justin prétendait être samaritain. mais il demeure un doute au sujet de son père et de son grand-père ; il auraient été sans doute grecs ou romains.
il a passé son enfance dans le paganisme le plus absolu tout en bénéficiant d'une éducation qui lui a permis d'obtenir un bagage relativement solide.
Il a étudié la philosophie dans plusieurs écoles. Il a porté un grand intérêt au platonisme puis s'est converti au christianisme à Ephèse dans les années 130. Après sa conversion, il passa sa vie à faire des recherches et à enseigner. Il demeura fidèle à son goût prononcé pour la philosophie. Il voulut prouver le lien formel et providentiel entre la philosophie grecque et l'évidence de toutes les réponses qui trouvent leur achèvement dans la Révélation... Laquelle l'a lui-même conduit au Christ.
Ayant successivement embrassé les philosophies des stoïciens, des péripatéticiens, des pythagoriciens et des platonéiciens avant sa conversion, il dispose d'un bagae de connaissances imposant. De plus, il a beaucoup voyagé et donc tiré des enseignements de par et d'autre. Il s'installe finalement à Rome où il ouvrira une école de Foi chrétienne. Il puisera dans les fondements rationnels le ciment de son oeuvre éducatrice, élément très important pour résister -et aider ses disciples à résister eux-même- au paganisme ambiant. Comme dans toute oeuvre de qualité, il verra se lever des contestations et controverses par ses confrères, les philosophes (Crescence le Cynique surtout). Il aura cependant quelques disciples, très peu certes, mais cela fût un avantage pour la pérénité de l'oeuvre contre la division. Parmi eux nous nommerons Evelpiste de Cappadoce qui n'était autre qu'un simple esclave de la maison impériale Hierax de Phrygie. Les autres disciples seront Hierax de Phrygie, Chariton avec sa sœur Charito, Péon, Libérien et Tatien le Syrien.
Entre 162 et 168 lui et six de ses disciples furent martyrisés par le supplice du fouet suivi de la décapitation, à Rome même, pour le motif d'avoir refusé de sacrifier aux dieux. C'était à cette période que Rusticus, ami de Marc-Aurèle, était le préfet de Rome.
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Il admet nettement une âme spirituelle.
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L'âme est capable de voir la divinité, l'immatériel.
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Il considère que c'est le corps qui les rend pour le moment incapables de toute opération spirituelle ; de son aveu même, le corps de l'homme est bien embarrassant !
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Mais le corps de l'homme ne rend pas impossible et donc invisible toute vision de Dieu.
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Cette âme a une certaine apparenté avec la divinité et non pas purement morale : « elle est divine et immortelle, partie de cet être royal. » (cf. Platon et gnostiques)
- Pour ce qui est de l'union de l'âme et du corps, il n'a pas d'idée précise.
- Il n'affirme pas que l'âme est créée, mais non plus qu'elle est non engendrée, car il veut que le monde ait commencé. (Là encore, on voit que la question de savoir si le monde a commencé un jour, et donc s'il a été créé ou non ne date pas de l'époque contemporaine...)
Doctrine chrétienne du vieillard au bord de la Mer qui dialogue avec Justin :
Grâce à son dialogue avec ce mystérieux vieillard au bord de la Mer (qui lui sert sans doute d'interlocuteur pour étayer sa pensée en permettant la projection et la classification des questions, des réponses et des objections), Justin va dévoiler les arguments suivants :
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Les âmes peuvent penser qu'il y a un Dieu et que la justice et la piété sont de belles choses.
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Ici Justin va en effet partir sur un autre sentier pour montrer que l'âme n'est pas immortelle par nature, mais par la volonté de Dieu.
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En l'âme, il distingue deux réalités : la vie et l'être qui sont en elle indissociables, car l'âme meurt en retombant dans le néant si Dieu lui retire la vie. Il veut par là montrer que l'âme n'est pas comme Dieu, la vie par essence, ni, par conséquent, essentiellement immortelle. La vie et l'être sont donc essentiels à l'âme pour sa survivance.
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Justin met ainsi au jour une question de très grande importance avec l'apparition de ces deux éléments : la vie et l'être. Il donne naissance à ce que l'on va appeler les deux principes de l'âme : le principe vital (=vie) et le principe pensant (=être), et ces deux principes sont partout supposés dans sa thèse. Ainsi :
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L'homme est un animal raisonnable ;
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les damnés souffrent dans leur âme et dans leur corps ;
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le Christ est au ciel corps, âme et Verbe (comme le confirmera d'ailleurs bien plus tard Saint Augustin). Corps et âme de sa nature humaine, et Verbe en tant qu'élément divin (que l'on appelle désormais nature divine).
Un traité de la Résurrection a été trouvé et son contenu est du même esprit et de la même époque que Saint Justin, mais il n'est pas absolument certain qu'il en soit l'auteur. Cependant nous y trouvons des éléments intéressants qui rejoignent bien sa pensée :
- Naît alors une difficulté :
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« La Résurrection regarde le corps de chair qui est tombé. Car l'esprit ( – pneuma) ne tombe pas ; l'âme ( – psyché) est dans le corps, car celui-ci ne vit pas sans âme. Ce corps, quand l'âme le quitte, cesse d'être. Car le corps est la demeure de l'âme ; et de l'esprit l'âme est la demeure aussi. Ces trois éléments seront sauves en ceux qui auront en Dieu une espérance sincère et une foi sans hésitation. »
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L'auteur parle sans doute (comme plus tard Saint Irénée) de cet esprit qui doit être l'Esprit-Saint avec la grâce, qui siège dans l'âme des justes. Mais il manque malheureusement à ce traité la phrase précédente pour en être certain.
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Cependant, demeure le dichotomisme :
Platon, lui, était émanatiste. Et certains théologiens ont accusé ce traité de la Résurrection de l'être à son tour. Et ce sont ces adversaires là qui objectent ainsi :
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L'âme, disent-ils, est incorruptible (partie de Dieu et souffle de Dieu).
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Donc, disent-ils, on ne peut pas arguer l'âme au corps.
Mais ici l'auteur ne prenait pas ces paroles à son propre compte ! Il argumentait ad hominem, un peu à la manière de Saint Thomas avec les objections. On ne peut donc rien conclure de là contre le créatianisme.
Voici donc ce que nous pouvons conclure de la vision de Saint Justin sur l'âme.
Il a poursuivi ou amorcé les questions sur :
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L'âme ;
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la spiritualité de l'âme ;
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l'identité du principe vital ;
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l'identité du principe pensant ;
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l'origine de l'âme.
Ses précisions sont des pistes d'avenir. Il reste à en préciser quelques éléments, à coordonner les faits, à se mettre face aux objections, face aux erreurs nouvelles aussi... tout cela afin d'affirmer plus nettement les vérités contestées et les mettre ainsi en lumière aux yeux du croyant.
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