|
L'été est une période où les hommes prennent généralement un temps de repos mérité, de contact familial, de retraite spirituelle... c'est la période la plus lumineuse de l'année à tous points de vues. La Solennité de l'Assomption vient couronner ce temps béni, et sous la protection de la Très Sainte Vierge Marie l'été tend vers son déclin.
Mais au fait, qu'est-ce que l'Assomption ?
Nous ne pouvons pas énumérer toutes les données quant aux évolutions de la pensée sur cette définition dogmatique dans les quelques lignes de cette lettre tant le sujet est vaste. Nous allons donc nous en tenir ici aux principaux éléments, soit parce qu'ils sont essentiels à la Foi Catholique, soit parce qu'ils sont particulièrement dignes d'intérêt pour l'intelligence du croyant.
Le terme Assomption renferme en fait deux réalités sous-jacentes qui ont fait l'objet de nombreux débats théologiques dans l'histoire de l'Eglise, quasiment depuis ses origines :
-
La Résurrection de la Très Sainte Vierge Marie, quelques temps après la mort. On parle alors de « dormition » (dormitio, pausatio, transitus)... termes divers et variés qui veulent exprimer une seule idée : le passage du temps à l'éternité.
-
La translation corps et âme de Marie au séjour des bienheureux.
Très tôt, le terme « Assomption » l'emporte sur les autres et signifie donc « entrée au ciel, en corps et en âme de la Mère de Dieu. » Assumi, assumptus sont des appellations qui précisent donc le fait que Marie a été élevée au ciel par la toute puissance divine. Il est très important de ne pas omettre cette dernière précision, afin de ne pas donner à Marie une qualification de déesse. Cet argument théologique est primordial et permet de répondre avec assurance à ceux qui prétendent que les Catholiques font de Marie une déesse en l'appelant « Mère de Dieu » ou en parlant de son Assomption. Cela est évidement faux, en Marie tout est réalisé par la puissance divine. C'est ce qui différencie d'ailleurs l'Assomption de l'Ascension de Notre Seigneur Jésus-Christ, où le Christ monte au Ciel par sa propre puissance divine, étant Dieu.
D'ailleurs, une hypothèse exprime la probabilité que les Apôtres auraient peut-être passé volontairement sous silence l'Assomption de Marie pour ne pas en faire une déesse dans les milieux grecs où était entamée la christianisation. Cette pensée n'est pas dénuée de sens.
La fête de l'Assomption n'a pas attendu d'être « dogmatisée » pour être fêtée, sa célébration remonte au moins au VIIème siècle tant en Orient qu'en Occident, le Pape Sergius (687-707) lui même ordonnant une procession solennelle le jour de la fête à Rome.
En ce qui concerne la France, nous retrouvons les premières traces écrites parlant clairement de ce Mystère grâce à Saint Grégoire de Tours. La fête était célébrée, précédée d'une vigile, vers la mi-janvier.
Il est également intéressant de noter que la Fête de l'Assomption était célébrée le 15 août en Orient, sous le règne de l'Empereur Maurice1 (582-602) qui imposa lui-même cette date2. Le Pape Léon IV institue une Octave de l'Assomption vers 847...
Marie est-elle morte avant son Assomption ?
Cette question a donné lieu à un grand débat et aucune réponse n'a d'ailleurs été solennellement intégrée à la Définition Dogmatique. Avant de développer les arguments théologiques qui se sont affrontés sur ce sujet précis, il est à noter que nous n'avons pas à établir le fait que Marie soit morte avant son Assomption, car ces deux phénomènes sont indépendants l'un de l'autre, l'un aurait pu avoir lieu sans l'autre. Voici donc le développement de la pensée Catholique sur cette question de la mort ou non de la Très Sainte Vierge Marie avant son Assomption :
-
Certains théologiens réfutèrent la mort de Marie sous l'argument principal qu'elle n'a pas été soumise aux conséquences du péché originel. Cet argument a été rejeté, car il est contraire à la tradition patristique, à l'enseignement commun des théologiens, et à la tradition Catholique.
-
Le contre argument est en effet le suivant : « Les mêmes raisons providentielles qui demandaient la mort du Christ réclamaient aussi, proportion gardée, celle de sa Mère, bien qu'elle fût exempte du péché originel. Devant ressembler à son Divin Fils, il ne convenait pas qu'Elle reçut le don de l'immortalité comme Adam et Eve. Mais, pas plus que celle de Jésus-Christ, la mort de Marie n'a été le salaire du péché, car l'une et l'autre ont été préservées de la corruption. »3
-
Il ne faut pas pour autant lier le Mystère de l'Assomption à celui de l'Immaculée Conception en affirmant que l'un dépend de l'autre. En effet, les théologiens ont avancé le fait que le corps virginal de Marie, conservé dans son incorruptibilité, aurait pu attendre la Résurrection générale, et nul n'aurait pu y voir une atteinte sérieuse à l'économie du monde surnaturel. Ce n'est donc pas parce que Marie est Immaculée que le Mystère de l'Assomption en dépend et peut être prouvé de façon rigoureuse du point de vue théologique. Cependant, deux éléments dans la Parole de l'Ange tendent à éclairer le Mystère de l'Assomption : « Gratia plena » (pleine de grâce) et « Benedicta tu in mulieribus » (bénie entre toutes les femmes.) Ces deux particules de la Salutation angélique sont bien évidemment des fondamentaux du Mystère de l'Immaculée Conception, mais aussi les traces les plus éminentes tendant à appuyer le Mystère de l'Assomption dans les Écritures Saintes4 même si, rappelons-le, elles ne sont pas en soit une preuve théologique suffisante.
Circonstances, date, lieu :
Elles demeurent à ce jour impossibles à vérifier avec certitude historique et scientifique. Mais elles ne sont pas nécessaires au croyant. Les Apôtres n'ont d'ailleurs jamais indiqué le lieu précis et la date de l'Ascension de Notre Seigneur, cela n'est pas une nourriture utile à la Foi. Cependant, il demeure vrai que le Mystère de l'Ascension, à la différence de celui de l'Assomption, est clairement exprimé dans les Écritures Saintes.
-
Certains pensent que l'Assomption aurait eu lieu à Éphèse, s'appuyant pour le prouver sur la Lettre synodale du Concile d’Éphèse (431), dans laquelle les pères désignent ainsi la ville qui les réunit : « où le théologien Jean et la Sainte Vierge Marie, Mère de Dieu. » Le Concile ferait allusion au lieu de leur sépulture d'après les détracteurs de cet argument. Mais, au moins jusqu'à la fin des années 1900, cette interprétation n'était pas considérée comme étant digne de foi, d'après les critiques qui faisaient alors remarquer que cette phrase est sans doute incomplète, en tous cas vague et obscure. Maurice Valéry Radot5 -dans son livre intitulé « l’Église des premiers siècles » de la librairie Pessin- la considère malgré tout comme « preuve supplémentaire de la présence de Marie à Éphèse. » Quoiqu'il en soit, tous les autres témoignages sont relativement tardifs et non vérifiables par la rigueur historique nécessaire.
Ce n'est donc pas à partir de ces quelques mots présents sur la lettre synodale, auxquels il manque un verbe, que peut naître non seulement une certitude, mais même une probabilité solide.6
-
Cependant, Rome n'est plus aussi insensible à la thèse éphésienne depuis le pontificat de Sa Sainteté le Pape Jean Paul II qui se rendit lui-même sur les lieux de « la Maison de la Vierge Marie » à Éphèse. Le lieu marial ne désemplit pas et réunit tant musulmans qu'orthodoxes et chrétiens d'Orient et d'Occident. Un signe de réunification de la Foi en Jésus Christ Fils de Dieu par l'intercession de la Vierge Marie ? L'avenir seul pourra peut-être nous le dire. En tous cas, la manière dont la « Maison de la Vierge » a été retrouvée ne laisse pas indifférent les adeptes de la thèse éphésienne, thèse qui semble spirituellement se solidifier de manière significative dans la pensée populaire depuis la définition du Dogme de l'Assomption.
-
Qui plus est, l'argument selon lequel les Apôtres auraient passé sous silence le Mystère de l'Assomption pour ne pas prendre le risque de donner à Marie le titre de déesse dans la pensée commune prend ici tout son sens, Éphèse étant déjà une ville dédiée à la déesse Artémis.
-
L'autre opinion serait que Marie soit morte et montée au ciel à Jérusalem. Mais les arguments avancés proviennent là aussi en partie de sources historiques peu fiables, légendaires même7.
-
La date de l'Assomption est donc encore moins certaine que le lieu où elle s'est accomplie.
La définition dogmatique de 1950 :
C'est le 1er novembre 1950 que Sa Sainteté le Pape Pie XII définit l'Assomption de la Sainte Vierge, en corps et en âme, dans la gloire céleste. La définition complète se trouve intégrée dans la Constitution Apostolique « Munificentissimus Deus ».
Voici les extraits les plus notables qui tiennent lieu de définition.8 Le premier nous fait part des circonstances qui ont engendrées la définition Dogmatique :
« (…) Les évêques du monde entier demandent d'un accord presque unanime que la Vérité de l'Assomption corporelle de la Bienheureuse Vierge Marie dans le ciel soit défini comme un dogme de foi divine et catholique, cette vérité qui s'appuie sur l’Écriture sainte, qui est enracinée dans le coeur des fidèles, manifestée depuis les temps les plus reculés par le culte de l’Église, dans le plus parfait accord avec les autres vérités révélées, magnifiquement expliquée et exposée par les travaux, la science, et la sagesse des théologiens. »
« ...Après avoir très souvent adressé à Dieu nos supplications, invoqué la lumière de l'Esprit de Vérité, pour la Gloire du Dieu Tout-Puissant qui a répandu sur la Vierge Marie les largesses d'une bienveillance toute particulière, pour l'honneur de son Fils, Roi immortel des siècles et vainqueur du péché et de la mort, pour une plus grande gloire de son auguste Mère et pour la joie et l'exultation de toute l’Église, par l'autorité de Notre Seigneur Jésus-Christ, des bienheureux Apôtres Pierre et Paul et par Notre propre autorité, Nous affirmons, Nous déclarons et Nous définissons comme un dogme divinement révélé que : l'Immaculée Mère de Dieu, Marie toujours Vierge, après avoir achevé le cours de sa vie terrestre, a été élevée en corps et en âme à la gloire céleste.
Par conséquent, si quelqu'un, ce qu'à Dieu ne plaise, osait volontairement mettre en doute ce qui a été défini par Nous, qu'il sache qu'il a totalement abandonné la foi divine et catholique.
***
« Cette fête parle de notre avenir, elle nous dit que nous aussi nous serons à côté de Jésus dans la joie de Dieu, et elle nous invite à avoir du courage ».
Sa Sainteté le Pape Benoît XVI
En la Solennité de l'Assomption 2011
|