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On trouve en effet dans l'Occident chrétien, pendant la longue période qui va du VIIe au XVIe siècle, un ensemble de doctrines interprétant l'univers à la lumière de la raison, exposées certes par les divers auteurs avec de nombreuses et importantes divergences, mais gardant une réelle parenté qui leur mérite l'appellation commune de «scolastiques». Un triple lien constitue principalement leur unité :
1) La Méthode et la Langue leur sont communes. Tous les philosophes comme tous les hommes cultivés parlent le latin, langue internationale comme l'Église, ce qui leur permet à tous, malgré les oppositions de «races» (langues, cultures, pays, etc.), de collaborer à l'oeuvre commune. De plus, ils usent tous d'une même méthode, marquée d'un double caractère: elle est intellectuelle et dialectique. Elle renonce à la libre allure de la méthode oratoire qui, non seulement démontre, mais convainc et émeut; elle ne s'adresse qu'à l'intelligence pour la conduire à la vérité toute pure, et elle prend d'ordinaire le chemin direct. En effet, sans renier l'induction, elle préfère le syllogisme, présentant souvent les expériences elles-mêmes sous forme déductive; par là elle s'oppose à la méthode d'invention, où les faits minutieusement décrits ont la part principale: elle est avant tout destinée à l'enseignement [°425].
2) L'Assimilation du Passé: la scolastique n'est pas tant un effort pour inventer un système que pour repenser la philosophie gréco-romaine; elle le fait d'ailleurs d'une façon vivante, originale et par étapes successives. Mais cette dépendance du passé unifie les doctrines, d'autant plus que l'influence spéciale d'Aristote, sans être exclusive, est nettement dominante.
3) La Soumission à la Foi: tel est le caractère le plus saillant et le facteur le plus efficace d'unité pour la scolastique. Le catholicisme y intervient, comme chez saint Augustin, pour élaguer les thèses opposées à la Foi, en corriger d'autres et proposer aux réflexions un certain nombre de vérités révélées en fait, mais rationnelles en droit. Cependant, la distinction entre le domaine naturel et le surnaturel se précise graduellement et au XIIIe siècle, la scolastique est une philosophie indépendante et une science parfaite en son ordre, restant d'ailleurs soumise à la Foi; et en ce sens elle accepte comme un titre honorable d'être appelée «ancilla theologiae», c'est-à-dire une «philosophie chrétienne» [°426].
En dehors de la scolastique ainsi définie, on rencontre au Moyen Âge deux autres courants doctrinaux de valeur très inégale:
a) La philosophie BYZANTINE [°427] dont le plus célèbre représentant est Photius (vers 820-897): il a commenté des écrits logiques d'Aristote qu'il préfère à Platon. Mais cette école, derniers débris de la philosophie grecque, s'est contentée dans l'ensemble de conserver les chefs-d'oeuvre de l'antiquité pour les transmettre à la Renaissance.
b) La philosophie arabo-juive a beaucoup plus d'importance; mais ses rapports avec les penseurs chrétiens d'Occident furent assez étroits pour que nous puissions la rattacher à la scolastique comme une des étapes de sa formation. Ainsi, l'exposé des diverses doctrines philosophiques du Moyen Âge se groupe naturellement autour de la synthèse scolastique. Cette période se divise en deux parties, selon le rythme habituel de l'histoire: la première, plus longue et moins riche, est celle de la formation (VIIe-XIIe siècles); la seconde, plus courte mais féconde en grands systèmes: c'est l'apogée (XIIIe siècle). De là les deux chapitres de cette période:
Chapitre 1. La Formation (VIIe-XIIe siècle). Chapitre 2. L'Apogée (XIIIe siècle).
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