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Site officiel du Prieuré de Nidauzel

"Ne jamais rien demander sinon la sainteté.
Tout accueillir comme une grâce."
Saint Augustin PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Prieuré de Nidauzel   
Vendredi, 04 Février 2011 12:25
Index de l'article
Saint Augustin
Art.1 existence de la Vérité
Art.2 Oeuvre de la Vérité
L'émanation en général
La Création
L'exemplarisme
La Providence
2-Le monde spirituel : l'homme
A) la Vie
B) La Sensation
C) L'Intellection
D) La Liberté
E) L'Immortalité
F) Sur l'Origine des âmes
3-Le monde matériel
Art.3 - La possession de la Vérité
1) L'objet de la politique
2) L'autorité
3) Le pouvoir législatif
4) La guerre
5) L'Eglise et l'Etat
Conclusion
Toutes les pages

(1) Formation. - Saint Augustin naquit à Tagaste en Numidie, le 13 novembre 354. La Providence l'avait doué d'une nature très riche en sensibilité et en dons intellectuels. Son père était païen, mais sa mère, sainte Monique, fervente chrétienne, le fit inscrire au catéchuménat et par son éducation, déposa dans son âme un sentiment que rien ne put détruire et qui domine toute l'évolution du futur saint: le sentiment que le salut était dans le Christ.

1) Cependant, la première orientation personnelle d'Augustin L'ÉLOIGNA DU CATHOLICISME. Une double cause explique cet égarement:

D'abord, son éducation officielle. Après avoir commencé ses études de grammaire dans sa ville natale, il les poursuit à Madaure, de 365 à 369: là, le ton païen de l'enseignement, l'indifférence des maîtres à l'égard du christianisme, l'absence de sa mère et la légèreté de son âge contribuent à anémier sa Foi.

C'est ensuite la sensibilité inférieure qui le domine. Durant sa seizième année qu'il passe dans l'oisiveté a Tagaste, des désordres de conduite le soustraient à l'influence de Monique et à l'atmosphère du catholicisme.

Enfin, en 370, quand son père l'envoie à Carthage étudier la rhétorique, ces deux causes se réunissent pour le détacher du catholicisme. Il se lie avec une femme de condition inférieure et en a un fils, Adéodat, né en 372. Expulsé de son esprit par l'encombrement des idées païennes, de son coeur par l'attrait des amours sensuelles, son christianisme ne subsiste plus guère en lui que par le souvenir du nom du Christ, en y ajoutant cependant l'inébranlable conviction de l'existence de Dieu, de la Providence et de la vie future qu'il ne perdit jamais.

2) À 19 ans, la lecture de d'Hortensius marque le DÉBUT DE LA CONVERSION. Ce dialogue de Cicéron contenait une exhortation à la recherche de la sagesse immortelle, supérieure aux biens passagers et qu'il faut aimer pour elle-même. Augustin comprend dès lors que le seul vrai bonheur est dans la possession de la vérité; la vie de l'esprit lui est dévoilée et il conçoit qu'elle mérite tous les sacrifices. Dès ce Jour il se pose le PROBLÈME dont il poursuivra la pleine solution jusqu'à 33 ans: «Comment entrer en possession de cette Vérité béatifiante vers laquelle le porte l'élan passionné de toute son âme?»

3) Le manichéisme fut une PREMIÈRE SOLUTION provisoire. Pas un instant le fils de Monique n'eut la pensée de demander la vérité aux philosophes qui ne lui parlaient pas du Christ; d'autre part, la simplicité et la rudesse de style des Saintes Écritures rebutaient ses exigences de rhéteur, ainsi que plusieurs épisodes de l'Ancien Testament mal compris. Les manichéens, au contraire, beaux parleurs, flattaient ses goûts profanes; ils lui promettaient ce qu'il cherchait, ayant toujours à la bouche le nom de vérité; et ils lui permettaient de rester chrétien, Manès se disant «Apôtre de Jésus-Christ par la Providence de Dieu le Père».

Le temps qu'il passe dans la secte manichéenne correspond à l'époque où il s'installe professeur de rhétorique, d'abord à Tagaste (373). puis à Carthage (374-383). Il s'en tient au degré d'auditeur, sorte de catéchuménat. Il admet les trois principes fondamentaux de Manès: il n'y a aucune réalité supérieure au corps; - l'âme humaine est une partie de la divinité; - le mal est une substance séparée qui ne vient pas de Dieu. Pour le reste, beaucoup de doutes et d'obscurités; mais il compte sur le célèbre Faustus de Milève pour les dissiper. En attendant, il fait même du prosélytisme et «convertit» à son erreur Alipe, son ami et Romanianus, son bienfaiteur.

4) Au bout de neuf ans, deux causes le détachent du manichéisme. D'abord, il est déçu par la visite de Faustus qui doit se reconnaître incapable de résoudre ses difficultés, se contentant de couvrir la pauvreté de sa doctrine par les charmes de son éloquence. Puis, l'automne de 383, ayant transporté son école de rhétorique à Rome, le scandale que donnaient en cette ville les «élus» de la secte fait s'évanouir le prestige de leur sainteté après celui de leur science. C'est alors qu'il penche, comme vers une DEUXIÈME SOLUTION provisoire vers le PROBABILISME de la Nouvelle Académie, telle que l'exposait Cicéron.

Il en était là en 384, quand il brigue et obtient la chaire de rhétorique à Milan. Là, les prédications de saint Ambroise achèvent de le détromper en lui montrant qu'une bonne exégèse usant à propos de l'allégorie, permet de donner un sens aux passages de l'Ancien Testament incriminés par les manichéens. En même temps, reconnaissant l'infériorité de leur physique, il préfère à celle-ci les explications des philosophes. Mais les arguments des sceptiques l'empêchent d'accepter aucune nouvelle doctrine, dans la crainte d'être dupe. Aussi se demande-t-il de plus en plus s'il faut désespérer d'atteindre la vérité et si la vraie sagesse n'est pas dans le prudent scepticisme spéculatif, tempéré par le probabilisme pratique, enseigné par la Nouvelle Académie.

5) Cependant il refuse d'adhérer à une école purement philosophique, tant il est convaincu qu'il ne trouvera pas le salut hors du Christ. Avec un tel état d'esprit, il ne lui restait plus que le retour au catholicisme: il fait le premier pas en s'inscrivant parmi les catéchumènes où il décide de rester en attendant la pleine lumière.

C'est alors que ses réflexions le conduisent à une SOLUTION de PRINCIPE par laquelle il accepte en bloc la vérité divinement révélée telle que nous la présentent les Écritures de l'Église catholique. Il se détermine à franchir cette étape décisive par un mouvement de pensée que l'on peut résumer en un double syllogisme:

a) Le premier syllogisme le dispose à voir la vérité. Il faudrait nier Dieu et la Providence, s'il était impossible à l'homme de faire son salut et par conséquent d'atteindre la vérité; car admettre que l'intelligence, si pénétrante pour ce qui concerne l'agrément de la vie, n'est impuissante qu'à l'égard des choses qu'il importe le plus de connaître, ce serait nier l'ordre du monde et la divine Providence.

Or les hommes abandonnés aux seules forces de la raison sont impuissants à trouver la voie du salut, c'est-à-dire à saisir la vérité de manière que l'âme entière soit béatifiée et établie dans la perfection de son être; ou plus précisément, à connaître pleinement Dieu qui est cette vérité béatifiante. Ce n'est point là, du reste, une incapacité essentielle, mais une impuissance morale ou de fait, dont saint Augustin est convaincu par l'évidence de l'histoire et de ses expériences personnelles et que Plotin lui expliquera bientôt par la pénible nécessité où nous sommes de nous dégager du sensible pour atteindre l'Idée.

Donc, la raison ne peut avoir qu'un rôle préparatoire et secondaire pour conquérir la pleine vérité (par exemple, en démontrant l'existence de Dieu et de la Providence). Il existe une lumière de secours, une révélation extérieure qui nous montre la voie du salut.

b) Saint Augustin constate d'abord que cette aide n'est pas adressée directement à chaque conscience individuelle: le mal étant public, il faut un remède public. Un second syllogisme le lui fait trouver dans l'Église:

Il faudrait nier Dieu et la Providence si une société prétendant à tort posséder cette révélation avait pu faire la conquête du genre humain.

Or l'Église catholique a fait cette conquête dans les conditions les plus remarquables pour montrer à l'évidence son caractère divin. On ne peut rêver d'une adhésion strictement unanime; mais si l'on constate en faveur d'une doctrine de salut l'accord d'un grand nombre de peuples dispersés en divers lieux et différents de toutes manières, on se trouve en présence d'une universalité morale que rien ne limite en droit et qui représente l'humanité.

Donc l'Église catholique qui a seule conquis cette universalité, possède bien la révélation du salut et la pleine vérité: «Securus judicat orbis terrarum» [°299].

Mais ces raisons qui permettent à Augustin de retrouver la Foi de Monique, sont toutes extrinsèques et ne lui donnent pas la science de cette Foi: elles lui laissent ses erreurs matérialistes sur l'âme et sur Dieu et ses difficultés sur le problème du mal. De là, des fluctuations de pensées déconcertantes; son instruction incomplète se fait au hasard des prédications dominicales; il reçoit peu de lumière: Ambroise est absorbé par ses occupations, la Bible est insuffisante; il a lui-même peu de loisir pour approfondir ces problèmes ardus, et ce qu'il sait ne s'harmonise pas dans son esprit en une synthèse reposante. Il croit, il voudrait voir: «Fides quaerens intellectum».

6. À ce moment précis de sa formation où, converti, il cherche à pénétrer, ordonner, synthétiser sa nouvelle croyance, Augustin lit «quelques livres platoniciens» [°300] et y trouve la PLEINE SOLUTION SPÉCULATIVE qu'il cherchait. C'étaient des ouvrages néoplatoniciens, quelques traités des Énnéades de Plotin et probablement aussi des extraits de Porphyre, de Jamblique et d'Apulée, le tout dans une traduction du rhéteur Victorin qui tenait de la paraphrase et avait pu accentuer les ressemblances entre le néoplatonisme et le christianisme.

Saint Augustin doit aux néoplatoniciens:

a) Des éléments doctrinaux. Avant tout, la conception du monde intelligible, des réalités spirituelles invisibles bien plus estimables que les objets dispersés dans l'espace et le temps: il est ainsi délivré du matérialisme manichéen et du doute des académiciens. Ce monde intelligible est identifié avec le Logos de saint Jean, Verbe de Dieu et Dieu lui-même: «Et Deus erat Verbum». Ce Dieu Vérité est créateur: «Omnia per ipsum facta sunt». Source de l'être et de la vérité ontologique des créatures, il est aussi illuminateur, source de vérité logique dans les intelligences: «Erat lux vera quae illuminat omnem hominem». Et parce qu'il est la béatitude des âmes, la philosophie a sa vraie valeur en nous faisant atteindre la seule réalité qu'il faut estimer: le Dieu intelligible. Enfin le problème du mal trouve sa solution: car si tout vient de Dieu, Bien suprême, il est absurde d'imaginer le mal comme une substance indépendante. Augustin le conçoit désormais comme une privation; et même, considérées dans le tout, les privations particulières concourent à l'harmonie universelle.

b) Un procédé dialectique. Par son point de départ pris dans l'intuition du monde intelligible, par la forme peu didactique de ses oeuvres, par la théorie de la purification nécessaire pour arriver au vrai, par son habitude de s'élever progressivement d'une forme imparfaite à l'idée de la perfection même [§159, No. 4], Augustin adopte pleinement la MÉTHODE PLATONICIENNE qui répondait aux plus profondes inclinations de son esprit. S'il connaît et pratique la dialectique d'Aristote [°301], il la «platonise» par sa prédilection pour le point de vue métaphysique et par l'élan mystique dont il l'anime souvent.

c) Mais il écarte impitoyablement toute théorie opposée à la Révélation: par exemple, le polythéisme, le naturalisme de la «mystique» plotinienne, le panthéisme latent dans l'émanation nécessaire. Quant à la distinction et à l'inégalité des Hypostases, il ne l'a pas vue dans Plotin; au contraire, il assure y avoir découvert de bien des manières que «le Fils est dans la forme du Père». En un mot, le néoplatonisme ayant pour unique rôle de lui faire comprendre sa Foi, fut TRANSFIGURÉ par elle, tout en restant le fond de la philosophie augustinienne.

Ajoutons que l'enthousiasme d'Augustin pour ces docteurs païens alla en diminuant à mesure que, par la méditation de l'Écriture sainte, il comprit mieux les richesses de la révélation: «Laus quoque ipsa, (écrit-il en ses rétractations), qua Platonem vel platonicos vel academicos philosophos tantum extuli, non immerito mihi displicuit» [°302].

Malgré cette pleine lumière spéculative, la vie morale d'Augustin n'avait point changé. Restait donc à trouver la PLEINE SOLUTION PRATIQUE. Il la conquit, aidé par des influences chrétiennes, comme les conseils de saint Ambroise et de Simplicien, les exemples des Saints et les récits des conversions, et avant tout, par l'action de la grâce, fruit de ses prières et de celles de sa mère. Lorsque, dans le jardin de Milan, il entendit l'appel de Dieu: «Tolle, lege», il résolut d'abandonner tout désir d'ambition et de mariage pour s'adonner uniquement à l'étude de la vérité; en d'autres termes, il décida de renoncer au monde pour se consacrer à Dieu dans la vie religieuse (mai 386).

Aussi quitte-t-il, aux vacances d'automne, sa chaire de rhétorique pour se retirer à Cassiciacum où il commence avec quelques amis une sorte de noviciat ou de retraite studieuse dont les conversations lui fournirent la matière de ses premiers dialogues philosophiques. Au commencement de 387, il revient à Milan pour se préparer officiellement au baptême qu'il reçoit à Pâques, des mains de saint Ambroise.

§145) (2) Oeuvres. Dès qu'il fut converti, saint Augustin comprit que sa mission était de servir la vérité et, jusqu'à sa mort, il ne cessa d'écrire pour la défendre et l'exposer. Quelques mois après son baptême, il organisa son départ pour l'Afrique; mais sa mère sainte Monique étant morte à Ostie, il revient à Rome et ne regagne Tagaste que l'année suivante (388). Il vend son patrimoine et, dans une de ses propriétés aliénées, il ouvre un monastère. En cette retraite silencieuse, il approfondit les Écritures et, tout en achevant ses dialogues philosophiques, il compose ses premiers commentaires et ses premiers écrits polémiques contre les manichéens. En 391, il est ordonné prêtre, et en 395. sacré évêque d'Hippone. Là, son activité redouble: sermons presque quotidiens, luttes contre les manichéens, les donatistes, les païens, plus tard, contre les pélagiens; nouveaux commentaires; ouvrages de longue haleine, comme De Trinitate et De civitate Dei, correspondance où les lettres sont parfois de vrais traités: c'est ainsi que de son petit diocèse il éclaire l'Église entière.

De cette oeuvre si considérable, nous citerons seulement les principaux ouvrages au point de vue philosophique [°303].

1. Avant son épiscopat:

1. Contra Academicos, l. III, (386).
2. De beata vita, (386).
3. De ordine, l. II, (386).
4. Soliloquiorum, l. II, (387).
5. De immortalitate animae, (387).
6. De quantitate animae, (388).
7. De magistro, (389).
8. De musica, l. VI, (387-391).
9. De libero arbitrio, l. III, (388-396) [°304].
10. De vera religione, (389-391).
12. De duabus animabus, (391).
De diversis quaestionibus 83: recueil fait en 396.

2. Après son épiscopat:

Confessionum, l. XIII, (400).
De Genesi ad litt., l. XII, (401-415).
De natura boni, (405).
De Trinitate Dei, l. XV, (400-416).
De anima et ejus origine, l. IV, (419).
De civitate Dei, l. XXII, (413-426).
Retractationum, l. II, (427).

Signalons aussi, dans sa correspondance, plusieurs lettres importantes: sur la philosophie (No. 118), sur la présence et la vision de Dieu (No. 187 et 147).

Saint Augustin mourut le 28 août 430, à l'âge de 76 ans pendant le siège d'Hippone par les Vandales.

§146) (3) Théorie fondamentale. Au terme de sa formation, saint Augustin était en possession du principe fondamental de sa philosophie. La conquête de la vérité avait été son but unique, le grand problème dont il avait jusque-là poursuivi la solution et, grâce à Plotin, il venait de la découvrir pleinement. Il accepte donc, comme théorie fondamentale, celle même de Plotin, mais en substituant le point de vue de la Vérité à celui de l'Un transcendant et simple et surtout en corrigeant, comme par le «verre redresseur» de la Foi, toutes les erreurs païennes du néoplatonisme.

On peut donc formuler ainsi le principe augustinien:

La Vérité divine est l'unique cause parfaite, immédiatement explicative de tout être, dans ses diverses modalités de nature et d'action.

Comme chez Plotin encore, on trouve chez Augustin les deux grandes parties de la philosophie: la métaphysique, décrivant l'oeuvre créatrice de la Vérité ou la descente des êtres venant de Dieu; et la morale, exposant la possession béatifiante de la Vérité ou l'ascension de l'âme purifiée vers Dieu. Mais tandis que Plotin acceptait le monde idéal comme donnée évidente, saint Augustin, plus exigeant en raison de ses fluctuations passées, établit d'abord la preuve philosophique de l'existence de Dieu, source de toute vérité.

Nous aurons donc trois articles:

Article 1. L'existence de la Vérité. (La Source.)
Article 2. L'oeuvre de la Vérité. (Descente des êtres.)
Article 3. La possession de la Vérité. (Ascension de l'âme.)



Mise à jour le Vendredi, 04 Février 2011 13:05
 

Commentaires  

 
0 # citation de Saint Augustin 29-11-2011 12:59
Je cherche la référence exacte d'une citation de Saint Augustin. Il aurait dit que l'on doit prendre la Bible au pied de la lettre : "sauf démonstration rigoureuse du contraire"

Est-ce une citation exacte?
D'où sort-elle?
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+1 # RE: citation de Saint Augustin 29-11-2011 21:17
C'est en effet dans l'esprit des Pères de l'Eglise.Citation en provenance du commentaire précédent de Pierre :
Je cherche la référence exacte d'une citation de Saint Augustin. Il aurait dit que l'on doit prendre la Bible au pied de la lettre : "sauf démonstration rigoureuse du contraire"
Est-ce une citation exacte?
D'où sort-elle?


Bonsoir ;

Il semblerait que ce sujet est subtil et demande beaucoup de précautions et de nuances. Je me permets de vous répondre d'une façon un peu longue mais, je l'espère, suffisamment détaillée.

Plus qu'une citation, c'est la doctrine de Saint Augustin au sujet de l'inspiration qui permit de préciser le sens de « biblicisme strict », c'est-à-dire de l'origine divine et par suite de l'inerrance absolue des livres saints, telle que le Concile Vatican I l'a proclamée, quam (Scripturam) esse veracem nemo dubitat nisi infidelis et impius. De Gen. ad. Litt., l.VII c. 28, n.42, P.L, t.34, col.371. C'est l'esprit de Dieu qui « parle par la bouche des prophètes et conduit la plume des apôtres. » De doct. Christ. l.II, c. 6 ; l.3, c.29, n.444 ; de civit., l.18, c.43. On peut même dire que les livres des apôtres sont des écrits de Jésus. De Cons. Evang., l. 1, c.35, n.54, P.L, t.34, col.1070. Toute affirmation absolue de l'Ecriture, même celles que l'écrivain a conçues sans révélation, devient une vraie révélation pour le lecteur, parce que Dieu, l'inspirant, lui donne la garantie de sa divine parole. Ainsi, une erreur dans la Bible est-elle impossible. Epist., 82, c.1, n.3, P.L, t.33, col.277 ; n.24, col.286. Si on croit y rencontrer une assertion fausse, c'est que Citer :
aut codex mendosus est, aut interpres erravit, aut tu non intellegis
. Cont. Faust. Man., l.11, c.5, P.L, t.42, col.249. Cf. Epist. 82, loc. Cit., col.277. Tout le De consensu Evangel., P.L, t.34, col.1041 sq., la controverse avec Saint Jérome sur Gal., II, 14 sq., ont pour but d'exclure de la Bible, non seulement toute dissimulation volontaire, mais toute erreur inconsciente. Voir encore Epist., 93, c.10, n.35-36, P.L, t.33, col. 339 ; De Gen. ad. Litt., l.5, c.8, P.L., t.34, col.329 ; In Joa., tr.111, n.1, P.L, t.35 col.1930. Toutefois, pour saisir exactement la théorie d'Augustin, il faut tenir compte des restrictions qu'il fait. Il admet des oublis, la confusion d'un nom mis pour un autre, De cons. Evang., l.3, c.7, n.30, P.L., t.34, col.1175 ; les discours sont fidèlement rapportés pour le fond et la pensée, mais on peut trouver entre Evangélistes des divergences d'ordre ou d'expression. Ibid., l.2, c.12, n.27-29, col.1090. Vogels, S. Augustins Schrift De consensu Evangelistrarum, Fribourg-en-Brisgau, 1908.

***

Sur les versions de la Bible, Saint Augustin eût des opinions moins heureuses. Il considéra la version des Septante comme inspirée. Sans doute il raconte comme une simple « tradition » la légende des 72 cellules, De Civit. l.18, c.42, P.L.,t.41, col.603 ; De doct. Christ.,l.2, c.15 ; Enarr. In Ps. 87, n.20, mais il insiste sur l'inspiration, et explique par la volonté du Saint-Esprit les divergences entre l'hébreu et le texte grec, l'un et l'autre étant inspirés même dans les parties qui manquent dans l'un des deux textes. De civit., loc.cit., c.43, col.604.
Parce qu'il ne reconnaît d'autorité qu'au texte grec de l'Ancien et du Nouveau Testament, saint Augustin conserve en face des textes latins une entière liberté d'appréciation et de discussion...


Sur l'herméneutique de Saint Augustin deux remarques importantes :

1°) Il fait une loi d'un extrême prudence dans la détermination du sens scripturaire : Citer :
qu'on se garde des interprétations hasardées et opposées à la science qui livreraient la parole de Dieu en risée aux incrédules.
(De Gen. Ad litt., l.1, c.19-21, surtout n.39, P.L., t.34, col.260 sq.

2°) Augustin mit le premier en avant, sans l'affirmer absolument cependant, la théorie de la pluralité du sens littéral, qui aurait été fatale à l'exégèse, si elle avait prévalu. Tout ce qu'un lecteur peut ou veut comprendre de pieux et de vrai en lisant la Bible, quand même l'auteur sacré n'y aurait pas songé, serait le sens de l'Ecriture, voulu par le Saint-Esprit qui prévoyait cette future interprétation. Citer :
Moi même, dit-il, si j'étais écrivain inspiré, je voudrais parler ainsi...
 Confess., l.12, c.31, n.42, P.L, t.32 col.884 ; de doct. Christ., l.3, c.27, n.34, P.L., t.34, col.80. On sait les discussions auxquelles a donné lieu cette théorie. Saint Thomas l'avait approuvé sans réserve dans le De potentia, q.4, a.1 Paris, 1889, t. 13, p.118 ; mais plus réservé dans la Somme, Ia, q.1, a.10, il ne garde plus que la formule, et l'entend tout autrement, des sens allégoriques, amoral, anagogique, qui sont fondés sur le sens littéral toujours unique. L'opinion de Saint Augustin est aujourd'hui universellement abandonnée. Cf. Patrizzi, De interpret. Script., Rome, 1844, p.15-54 ; J. T. Beelen, Dissertatio theologica qua sententiam vulgo receptam esse sacrae Scripturae multiplicem interdum sensum litteralem, nullo fundamento satis firmo niti demonstrare conatur, Louvain, 1845, surtout pages 40-48. Voir aussi Moirat, l'hérméneutique augustinienne 1907.

Source : D.T.C t.1 col. 2342-2343 - éd.1909.
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