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Histoire de la Philosophie PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Prieuré de Nidauzel   
Dimanche, 04 Octobre 2009 19:51
Index de l'article
Histoire de la Philosophie
2-Vue d'ensemble et division
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- Définition.

1. - L'histoire de la philosophie est l'exposé rationnel des efforts faits par l'esprit humain aux différentes époques, pour découvrir la vérité touchant les raisons dernières et les plus universelles des choses.

Pour délimiter le domaine de cette histoire, nous partirons de la notion communément admise de la philosophie: elle est un système doctrinal construit par la raison humaine agissant dans son ordre propre, pour résoudre les problèmes les plus généraux de l'univers et de l'homme.

Nous excluons donc de cette histoire, non seulement la littérature, mais aussi les mathématiques et toutes les sciences particulières (que les modernes appellent sciences tout court), comme l'astronomie, la physique, la chimie, etc., qui recherchent les causes prochaines et tendent à donner des explications mathématiques; enfin les religions et les doctrines obtenues par révélation ou fondées sur elle, comme la théologie, dont l'objet dépasse l'ordre de la raison.

Il est vrai que tous les philosophes ne sont pas d'accord sur l'extension de la philosophie: les anciens jusqu'au Moyen Âge y incorporaient toutes les sciences alors connues. Cicéron exprime bien leur pensée par cette définition: «Philosophia est rerum divinarum et humanarum, causarumque quibus hae res continentur, scientia» [°4]. Chez les chrétiens à la fois philosophes et théologiens, le domaine de la Foi n'est pas toujours distinct de celui de la raison; et chez les modernes, règne la plus grande diversité [°5].

Cependant, en interprétant largement les frontières de la philosophie et sans s'interdire quelqu'incursion, si la clarté l'exige, dans les sciences connexes, il est possible d'exposer sans les déformer les seules doctrines philosophiques des divers penseurs; et de fait, s'il s'agit des grands philosophes et des systèmes dominants contenus dans ce précis, les historiens de la philosophie sont unanimes à les étudier.

2-. Mais pour que notre exposé soit rationnel et scientifique, comme toute véritable histoire, il ne sera pas une simple nomenclature de systèmes. Il poursuivra un double but: les comprendre et les apprécier.

a) Il faut d'abord comprendre les divers systèmes, et pour cela saisir la pensée maîtresse, ce qu'on peut appeler le «principe fondamental» d'une philosophie. Il faut en chercher l'origine dans la situation historique du philosophe, son caractère, l'influence du milieu physique et surtout moral et intellectuel; puis, en se maintenant à ce point de vue objectif, impartial et bienveillant, il faut montrer le développement interne du système, l'étendue et la cohésion des conséquences tirées du principe, car l'unité riche et féconde est toujours la marque du génie. Reste enfin à découvrir le lien logique des divers systèmes entre eux, qu'il faut établir selon leurs influences historiques certaines ou probables, en sorte que l'histoire de la philosophie devienne, selon le mot de M. de Wulf, «l'histoire de la filiation des systèmes» [°6].

b) Mais il faut encore apprécier les doctrines ainsi exposées. Il serait sans doute contraire à la bonne méthode historique, d'orienter, de gré ou de force, les diverses philosophies vers la démonstration d'une thèse présupposée [°7]; mais on ne peut oublier que la vérité est une: elle se retrouve partout, plus ou moins pure ou mélangée d'erreur, plus ou moins riche aussi, totale ou fragmentaire.

Il faut donc, pour comprendre pleinement un système philosophique, préciser cette part de vérité qui ne lui manque jamais. Car si la vérité est une, les aspects sous lesquels on peut la présenter sont multiples. L'absurde pur étant impensable, tout penseur sincère, surtout s'il a du génie, nous fera saisir un de ces aspects du vrai: l'erreur même nous y aidera, n'étant d'ordinaire que l'exagération d'un point de vue juste en soi. Nous trouverons ainsi, sous des dehors très divers, comme un courant continu de pensée alimenté par le bon sens, un patrimoine de vérité que tous les sages dignes de ce nom possèdent en commun. C'est ce que Leibniz avait clairement vu en parlant de philosophie éternelle: «Philosophia perennis» [§270].

c) Pour réaliser ce but, notre exposé harmonisera la double méthode chronologique et logique. Chaque époque, en effet, possède quelques penseurs originaux qui renouvellent les doctrines reçues de leurs prédécesseurs et qui, après avoir groupé autour d'eux un certain nombre de disciples, conditionnent à leur tour l'avènement d'un nouveau penseur. Il est ainsi possible de conserver dans les grandes lignes la suite des temps tout en faisant principalement ressortir l'enchaînement des doctrines. Pour y mieux réussir, nous avons délibérément réduit la part des satellites en faveur des chefs d'école et des penseurs ayant une valeur propre, et nous renvoyons aux histoires plus développées, pour les auteurs secondaires [°8].

Corollaires

a) Ainsi comprise, l'histoire de la philosophie, loin de conduire au scepticisme, est un complément très utile de la formation philosophique. Telle est la pensée de saint Thomas. Il pose sans doute en principe que «le but de la philosophie n'est pas de savoir ce que les hommes ont pensé, mais bien quelle est la vérité des choses» [°9]; mais il ajoute que «le génie de l'homme s'est avancé pas à pas dans la découverte des origines des choses» [°10] et il convient d'utiliser ces efforts. «Sans doute, dit-il encore, ce qu'un seul homme peut apporter par son travail et son génie au progrès de la vérité est peu de chose par rapport à l'ensemble de la science; néanmoins, de tous ces éléments coordonnés, choisis et rassemblés, il s'est fait quelque chose de grand comme en témoignent ces diverses sciences qui par le travail et la sagacité de plusieurs sont arrivées à un merveilleux développement» [°11]. C'est pourquoi «il faut recevoir l'opinion des anciens quels qu'ils soient; cela est doublement utile: nous accepterons pour notre profit ce qu'ils ont dit de bien, et nous nous garderons de ce qu'ils ont mal exposé» [°12].

b) Ajoutons à cela le triple intérêt, historique, apologétique et théologique que nous offre cette étude:

1) Intérêt historique car le mouvement de l'humanité a sa vraie raison dans l'idéal qui en est le but: l'histoire des actions ne peut se comprendre que par l'histoire des idées; et si les idées philosophiques n'ont pas été les seules à mener le monde (il ne faut pas oublier par exemple l'Évangile), elles ont eu néanmoins leur rôle.

2. Intérêt apologétique. La multiplicité des erreurs de la raison laissée à elle-même dans les recherches philosophiques trouve une certaine explication naturelle dans la complexité de l'objet d'étude, les difficultés de la méthode et les conséquences morales qui s'en dégagent. Cependant, le dogme du péché originel peut seul résoudre ce paradoxe historique, et notre histoire devient le commentaire de la définition du premier Concile du Vatican: «C'est bien grâce à cette Révélation divine que tous les hommes doivent de pouvoir, dans la condition présente du genre humain, connaître facilement, avec une ferme certitude et sans aucun mélange d'erreur, ce qui dans les choses divines n'est pas de soi inaccessible à la raison» [°13].

3. Intérêt théologique. On rencontre souvent, en lisant les Pères de l'Église, des allusions aux divers systèmes philosophiques. Par exemple: le platonisme des premiers Pères, saint Justin, Origène, etc., est très accentué; le système de Plotin éclaire bien des pages de saint Augustin; et saint Thomas d'Aquin se réclame sans cesse d'Aristote. Car de tout temps, la théologie fut un effort pour approfondir et organiser la doctrine révélée au moyen d'une philosophie. C'est pourquoi ce précis, tout en constituant un traité complet, devient aussi un complément très utile au Précis de Patrologie [°14].



Mise à jour le Samedi, 05 Juin 2010 20:19
 

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